Chapitre 1:

Je suis sur la plage. Assise sur ma serviette (celle que j'ai ramenée de la Réunion il y a trois ans), avec mon maillot deux pièces et mon paréo assorti.

J'arrive à peine à réaliser : je suis en vacances, à l'autre bout du monde. La plage est immense, l'eau de la mer est turquoise... comme dans un rêve. Sauf que ce coup-ci, ce n'est pas un rêve !

Toute la bande est là. Ils sont déjà dans l'eau, ils s'amusent comme des gosses en s'éclaboussant : ils ne m'ont pas attendue. J'ai mes petits rituels à accomplir avant de pouvoir « lâcher prise » et les rejoindre. Il faut que je me badigeonne de crème solaire avant tout : ma peau blanche n'apprécie pas du tout le Soleil sous ces latitudes. Et puis un peu d'huile protectrice pour les cheveux, histoire de ne pas me retrouver avec du crin sur la tête à la fin de la semaine. Et puis surtout, attendre que personne ne m'observe pour me lever et aller jusqu'à l'eau... parce que c'est bien joli le maillot deux pièces, mais quand on n'est pas à l'aise dans son corps, on a toujours l'impression de déborder de quelque part. J'ai beau me dire que 68 kilos pour 1 m 78 c'est un poids on ne peut plus normal, et que ma silhouette n'est sûrement pas repoussante, rien à faire, je suis convaincue que le gras déborde de mon maillot...

Ça y est, je prends une grande respiration et je me lance pour les rejoindre. Une fois que j'aurais réussi à pénétrer dans l'eau jusqu'à la taille tout ira bien.

Chapitre 2:

La journée a été exquise. De bains de soleil en parties de ballon, les soucis se sont envolés, et l'esprit est enfin détendu. On se retrouve tous au resto de l'hôtel, après une bonne douche. On voulait sortir faire la fiesta et danser jusqu'au bout de la nuit, mais il y a ceux qui sont fatigués par le décalage horaire et qui n'ont qu'une envie : dormir !

Et puis, il y a Eric : il n'a pas réussi à avoir des billets dans le même avion que nous, donc il nous rejoint ce soir. On a tous pensé qu'il nous trouverait facilement si on restait dîner à l'hôtel. En attendant son arrivée, on prend l'apéro, et on rigole. La conversation dévie sur les inévitables commérages concernant l'intrus : celui qui n'est pas encore arrivé.

Je l'appelle l'intrus, parce qu'il ne fait pas partie de la bande (il n'était pas avec nous à la fac : c'est un pote de Michel ; il font du squash ensemble). Tout le monde l'a déjà rencontré, sauf moi (forcément, depuis que Didier est parti, je me cloître chez moi à pleurer sur mon sort). Et puisque (grâce à Didier) je suis célibataire, il faut me mettre en garde : attention, Eric est un tombeur ! Un dragueur invétéré, qui séduit toutes les jolies filles qui croisent sa route, et les largue dès qu'il a réussi à les mettre dans son lit ; en bref un vrai salaud...

Je suis curieuse de voir ce phénomène : à les entendre, pas une fille ne lui résisterait ! J'ai hâte de voir ça...

Ca tombe bien : c'est le moment qu'Eric choisit pour arriver. 

Chapitre 3:

Un seul mot me vient à l'esprit : mmmmmhhh !!!

Je commence à comprendre pourquoi il est capable de faire autant de ravages auprès de la gent féminine. Il semblerait que les copains n'ont pas tellement exagéré pour une fois.

De toute façon, ça n'a aucune importance ; il est tellement canon, que je ne vois pas pourquoi ils tenaient tant à me mettre en garde contre lui : je n'ai rien qui plairait à un mec comme lui.

Tant mieux, car finalement, il n'a rien non plus qui me plairait à moi ! (Mis à part ses beaux yeux noisettes, et ses pectoraux qui donnent un petit air confortable à son torse...) Il est trop sûr de lui ; ce petit air hautain est plutôt désagréable. En plus il a passé tout le repas à draguer la serveuse  (une blonde à forte poitrine) qui portait une jupe « ras la touffe » limite vulgaire (ce qui prouve le manque de goût d'Eric), en nous faisant part de ses commentaires graveleux... beurk ! Le comble, c'est qu'elle lui a filé son numéro de téléphone !!!

Chapitre 4:

Ce matin, en passant devant la porte de la chambre d'Eric (qui a eu la bonne idée de choisir sa chambre dans le même couloir que la mienne) pour aller prendre mon petit déjeuner avec les autres, qui vois-je ? La serveuse blonde...

Apparemment, au vu du baiser langoureux dont elle l'a gratifié, ils ont dû passer une bonne partie de la nuit à faire des galipettes.

Je n'ai pas pu m'empêcher de raconter ça aux copains :

-Salut les gars ! Bien dormi ? J'en connais un qui n'a pas dû beaucoup dormir cette nuit... Devinez qui je viens de voir sortir de la chambre d'Eric ?

Ils étaient tous sciés !

Quand Eric nous a rejoint, il s'est fait chambré en beauté... Il était un peu vert. En plus les copains ont été extra : personne n'a voulu lui dire qui l'avait dénoncé ! Très drôle !!!

Enfin, très drôle, sauf pour la pauvre serveuse... parce qu'il n'est pas question qu'Eric ressorte avec elle... On va donc devoir trouver un autre endroit pour manger. S'il nous fait ce coup dans chaque resto ça va vite être lassant !

Chapitre 5:

L'inconvénient de partir en vacances en bande, c'est qu'on n'est pas tous branchés sur la même longueur d'onde. Certains veulent faire de la plongée ; d'autres veulent jouer les crêpes sur la plage ; d'autres encore (dont je fais partie) préfèrent aller marcher à la découverte de l'île. Heureusement, comme on se connaît depuis assez longtemps on arrive facilement à se mettre d'accord, et à l'arrivée, chacun peut faire ce dont il a envie.

Après une journée de randonnée, je rejoins les autres à la plage, histoire de se détendre les pieds dans l'eau avant l'apéro. Ce qui me donne l'occasion d'assister en direct live à la scène mémorable du dernier James Bond : celle dans laquelle on voit Daniel Craigh sortir de l'eau en maillot de bain. Sauf que ce n'est pas Daniel, mais Eric... pas mal du tout !!!

Hum... ressaisissons-nous. Ce type est un bad guy... aucun intérêt !

Chapitre 6:

Ce soir, on va tous danser la salsa au club du bord de plage.

J'adore la salsa. Sauf que quand on est célibataire, il faut d'abord trouver un partenaire. Pfff... fait chier ! Je me retrouve au bar, à boire un cocktail à base de rhum. Moi qui ne tient pas du tout l'alcool, le résultat ne tarde pas à se faire sentir : je suis complètement beurrée en moins de dix minutes !

Et dans ces cas-là, ma libido devient totalement incontrôlable.

Je me retrouve donc dans les bras d'Eric, à danser une salsa endiablée, sans aucune équivoque concernant ce que j'ai envie de faire avec lui à la fin de la soirée. Je suis déchaînée.

Lui aussi... Je crois que ma petite robe noire a fait son effet...

On finit par s'isoler un peu, et je ne sais pas comment, sa langue se retrouve dans ma bouche. Ses mains glissent le long de mon dos pour s'arrêter un moment sur mes reins. Quel délice. Il embrasse comme un dieu, avec tendresse et passion à la fois. Rhoooo... Je suis toute émoustillée !

Chapitre 7:

Ce qui devait arriver arriva... Nous voilà à l'hôtel. Devant la porte de sa chambre. Elle s'ouvre. On se retrouve à l'intérieur. Nos lèvres ne peuvent plus se séparer. Ses mains sont déjà occupées à dégrafer ma robe. Les miennes s'attaquent à sa chemise.

Il me renverse sur le lit. Ses mains me caressent. Sa bouche est si douce.

Il me fait l'amour. Je n'avais jamais eu autant de plaisir.

Il finit par me prendre dans ses bras ; simplement ; tendrement ; comme deux vieux amants qui savent qu'ils vont finir leur vie ensemble.

Ca ne va pas du tout : j'ai froid (je tremble toujours de froid après avoir fait l'amour avec un homme pour la première fois... le stress sans doute). La réalité me revient : demain il me considérera comme les autres filles ; comme un coup d'une nuit qu'on oublie d'aussitôt.

Sauf que je ne suis pas une de ces filles. Moi je suis prévenue. Et il n'est pas question que je reste là à attendre qu'il me jette.

Il est 6h du matin. Je me lève et je m'habille.

« - Où tu vas ?

- Dans ma chambre... je vais dormir.

- Tu ne peux pas dormir ici ?

- Non. Je préfère dormir dans ma chambre.

- Et tu vas m'abandonner tout seul, sans un dernier câlin, ni même un baiser ?

-J'ai vraiment sommeil...

-Comment on fait demain ?

-Demain ? Comment ça ? On ne fait rien demain... Les autres ne se sont rendus compte de rien. Ils n'ont pas besoin de savoir ce qui s'est passé cette nuit.

-O.K.

-Bonne nuit... »

Je m'enfuis en direction de mon lit à moi. Avec une désagréable sensation de culpabilité, comme si c'était moi la méchante. Alors que je ne fais que me protéger de ce mec. Zut alors !

Chapitre 8:

Réveil difficile...

Je file en vitesse à la plage finir ma nuit au Soleil. Toute seule. Les autres ne m'ont même pas vue quitter l'hôtel: j'ai quelques heures de répit avant d'affronter leurs regards. Sont-ils au courant? Je n'espère pas; j'aurais l'air bien ridicule sinon!!!

Je me réveille en sursaut: ça fait une heure que je dors à plat ventre en plein Soleil. J'ai dû me cramer le dos en beauté... Je dégaine mon flacon de crème solaire et commence à me tortiller pour m'en mettre sur le dos. C'est alors qu'on me murmure à l'oreille:
"- Besoin d'un coup de main?"
Éric ! J'ai un coup de chaud d'un seul coup...
Il prend le flacon et en profite me masser le dos. Mmmmhhhh.... C'est tellement agréable.

Chapitre 9:

Éric m'a tourné autour toute la journée. Dès que personne ne nous regardait, il s'approchait doucement, et me murmurait des mots doux; ou me glissait des baisers dans le cou discrètement.

Maintenant je voudrais juste aller me coucher. Il est 1 h du matin, je viens de passer la soirée à danser, je suis épuisée. Éric me rattrape devant la porte de ma chambre:

"- Je peux dormir avec toi ?
- Encore? Je croyais que tu ne couchais jamais deux fois avec la même fille...
- ...
- De toute façon, ça ne t'avancerait à rien de passer la nuit avec moi: j'ai mes règles...
- C'est pas grave; j'ai juste envie de dormir à tes côtés.
- OK ..."

Chapitre 10:

9h du matin. La nuit a été courte. Éric dort encore. Il a été super cette nuit. Très tendre.

Je commence à préparer ma valise: je dois libérer la chambre dans une heure. Mon avion décolle à 12 h 30, direction la métropole.

"- Qu'est-ce que tu fais?
- Désolé, je ne voulais pas te réveiller... Je fais mes valises.
- Tu t'en vas aujourd'hui? Déjà?
- Ben oui... j'ai pas les moyens de rester plus longtemps.
- Tu pourrais rester: tu partagerais ma chambre.
- Je ne peux pas rester.
- Je peux t'accompagner à l'aéroport?"

Il a l'air très malheureux de me quitter. Il me serre très fort contre lui, comme s'il ne voulait pas me laisser partir. C'est dingue: on dirait qu'il est sincère !
Du coup c'est très dur de le quitter. Je dois lui promettre de ne pas sortir avec un autre avant qu'il ne revienne de vacances. Le baiser final ressemble à une scène d'adieu d'un film romantique.
On se donne rendez-vous à Paris dans dix jours.

Voilà... C'est fini ! Le rêve s'achève là ! Je ne saurai jamais si Eric était l'homme de ma vie...

Remarquez, c'est pas bien grave, vu que je connais pas d'Eric dans la vraie vie !!!